lundi 25 mai 2015

Récit du beau voyage de mon enfant


Cela fait plusieurs semaines déjà que je me prépare au grand voyage de mon tout petit.
Persuadée qu'il décidera, comme son grand frère, d'arriver avec un peu d'avance.

Cette nuit-là, je dors mal.
Quelque chose est en train de se passer...
Avant de me coucher, je touche mon col. C'est une habitude que j'ai prise depuis quelques semaines...
Il est différent: plus en avant, plus mou et plus ouvert.
L'aventure va bientôt commencer, je le sais.

Au cours de la nuit, je ressens une sensation étrange.
Entre 2 sommeils, une contraction tente de me réveiller.
En me serrant le ventre doucement, elle m'indique qu'il ne me reste plus beaucoup de temps pour profiter de ce petit être de l’intérieur.
Alors, bien qu'à moitié endormie, je pose les mains sur mon enfant et lui envoie mes pensées.
Je lui dis, une fois de plus, que je suis prête à affronter la tempête, prête à lui donner naissance.
Je n'ai plus peur, tout ira bien.

Un peu plus tard dans la nuit, cette contraction si douce revient et fait apparaître devant moi un magnifique tableau.
Un tableau qui se resserre et disparaît avec elle.
Une image si belle que je la garde encore en mémoire.
Mon corps et mon esprit se préparent pour le grand jour...

En me levant, la contraction se manifeste de nouveau.
Cette fois-ci, elle s'accompagne d'une légère douleur de règle.
Je la remercie d'un sourire qui ne me quittera plus de la journée.
Ça y est, c'est sure, mon enfant n'est plus très loin.
Il sera là aujourd'hui ou demain.
Nous sommes le 24mars.

La journée se passe tranquillement.
La contraction se manifeste avec une telle douceur qu'elle me met d'humeur joyeuse et me permet de préparer la venue de mon enfant avec sérénité.

Ma mère passe prendre le thé.
Notre aventure AAD étant secrète, nous parlons de la salle nature de la nouvelle maternité et du bb qui ne semble pas pressé, puis de tout et de rien...
Je ris de l’intérieur...

Vers 20h, la contraction est de retour avec un peu plus d'intensité.
Cette fois-ci, plus de doute. J'en informe le papa.
Nous mangeons.
La contraction s'invite maintenant toutes les 30min.
Elle ne me demande pas d'effort particulier.
Je la laisse venir puis repartir.

A 22h30, elle fait des aller-retours toutes les 20mins, toujours de manière discrète.
Je commence tout de même à prendre mon homéopathie et m'installe sur le ballon cacahuète, devant la télé avec mes enfants.
Ce soir-là, il y a une émission sur la naissance, ça tombe bien.
A moitié là, à moitié ailleurs, je réponds aux questions des enfants.
Nous parlons de césarienne et nous apprenons ensemble l'origine de ce mot.
Nous parlons de jumeaux, les vrais, les faux...
Puis de plein d'autres choses.
C'est agréable d’être avec eux.

A 23h30, la contraction se présente de manière plus rapprochée encore.
Je décide d'aller mettre les enfants au lit.
Ils ont encore besoin de moi pour s'endormir.
Je ne veux pas rater ce moment. C'est sans doute notre dernier couché à 3.
Je ne peux pas m’empêcher de penser avec émotion que demain, ils seront grand(e)s frères/sœurs.
J'ai envie de le dire à Mélia mais je me tais...
Je sais qu'elle aurait aimé être présente pour la naissance, qu'elle s'est préparée pour m'aider lorsque la contraction sera douloureuse...
Mais, je préfère la laisser s'endormir en espérant qu'elle ne m'en veuille pas.
Les enfants s'endorment rapidement et je m'assoupis aussi.

Vers 00h30, je redescends après un dernier regard sur eux.
Je pense à notre trio si solide.
Mes yeux se remplissent de larmes.
Dans quelques heures, nous serons un quatuor.
Qui est donc ce petit être qui viendra nous rejoindre?
Fille?
Garçon?
Comment est-il?
Va-t-il bouleverser notre équilibre?

En bas, je m'installe bien droite sur le canapé, le coussin d'allaitement dans le dos.
Puis, je regarde un épisode de "Call the midwife".
J'aime tant cette serie.
J'imagine le moment où à mon tour, j’appellerai la sage-femme.
L’épisode dure 1h15.
La contraction est toujours très supportable.
Je l'oublie presque.

A 1h42, quelques minutes avant la fin de l’épisode, je perds les eaux sur le canapé.
Je suis surprise, mais je reste calme.
Je finis de regarder les quelques minutes restantes de la série.
Puis, je vais prendre une petite douche avant de réveiller le papa.
Il est presque 2h.
Je lui dis que c'est le moment et le rassure en lui disant que tout va bien et qu'il ne doit pas s’inquiéter.
Il se lève et je lui demande d'appeler D.

D., c'est cette personne qui a accepté de nous accompagner, il y a quelques mois.
Celle qui nous a permis cette aventure magique, celle qui a fait que ces 9 mois passés ont étés si doux.

Elle est à 1h de route de chez nous.
Lorsqu'on l'appelle, la contraction fait des allers et venues toutes les 8mins.
Je dois bouger pour la faire passer mais elle reste très supportable.
Elle ne m'effraie pas.
Je dis à D. de prendre son temps, que je n'ai pas mal, que tout va bien.
Je ne stresse pas.
Je suis si bien.


En l'attendant, nous commençons à préparer ce qu'il faut pour l'arrivée de notre enfant.
Il semble avoir déjà fait pas mal de chemin.
Nous ne savons pas à quel heure il sera là...
Mais nous savons que son arrivée est proche.
La contraction passe rapidement à 5min, puis à 3min tout en restant très gérable.
Elle m'accompagne comme un compagnon de route.
Elle m'aide, elle est là pour m'informer de ce qu'il se passe, pour me dire qu'il ne nous reste plus longtemps avant la rencontre.
Mon cœur bat fort, je sais que j'y suis presque, que la tempête se rapproche, qu'il va me falloir de la force.
Je n'ai pas peur mais j'y pense...
A la fois impatiente et mélancolique.

A chaque fois que la contraction se présente, je pose les mains sur mon ventre pour rassurer mon enfant, lui dire que je suis là, que ce chemin, on le fait à 2.
Lui dans un sens, moi dans l'autre.
Mon tout petit, lui, tape comme pour me dire qu'il va bien.
Ça me fait du bien, je suis sereine.
Un lien si fort s'installe déjà!!

Rapidement, je sens l'envie d’être seule.
Seule avec la contraction et mon enfant à naître.
D. nous a prêté sa piscine d'accouchement mais je ne me vois pas accoucher là, au milieu du salon, alors nous ne l'installons pas.
La salle de bain m'attire, elle est petite.
Je sais que j'y serai bien.
J'y ai déjà installé un petit tapis de gym pour pouvoir prendre les positions qui me conviendront.

D. arrive vers 3h15.
Son arrivée me fait plaisir mais me fait perdre mon chemin.
Ma SF est là et mon bébé peut maintenant arriver!

Mais, il faut pour ça, que je me recentre.

D. me propose de regarder "où j'en suis".

J'accepte.
Elle me dit que je suis à 4-5 puis non plutôt à 6-7, que mon col ne demande qu'à s'ouvrir.
Je suis contente d'avoir déjà fait tout ce chemin sans m'en etre rendu compte.
La contraction se manifeste toujours toutes les 3min mais bizarrement depuis l'arrivée de D, je ne la perçois plus de la même façon.
Elle reste supportable mais devient envahissante.
Il faut que je marche et souffle pour qu'elle passe.

Le papa prépare le thé.
Nous nous installons au salon et nous discutons.
Mais rapidement, je sens que je n'ai plus envie d’être là.
Je m'excuse auprès de D. et lui dis qu'il faut que je marche.

Lorsque la contraction arrive, elle vient me masser le dos et me dit de souffler.
J’apprécie son attention, elle est douce, mais je ressens le besoin d’être seule pour me recentrer.
Je veux retrouver mon chemin et aller vers mon enfant seule.

Je prends l'excuse d'aller m'habiller un peu pour m’exiler dans ma chambre.
D. en profite pour aller déplacer sa voiture.
Et moi, pour m'enfermer dans la salle de bain.

Ici, je sais que personne ne pourra venir nous perturber, mon enfant, moi et la contraction qui fait maintenant pleinement parti du voyage.
D. respecte ce besoin d'etre seule et j’apprécie fortement.
Il doit etre 3h45.

Je resterai 1h dans la salle de bain.
1h sans heure.
Le temps s’arrête et je savoure chaque instant.


La contraction me demande maintenant de me mettre à 4 pattes sur le tapis.
Le jet d'eau m'aide à la supporter, tantôt dans le dos, tantôt sous le ventre.
Ainsi, elle passe sans difficulté.
A chaque fois qu'elle s'en va, j’arrête l'eau et je ferme les yeux.
Le silence est agréable à entendre.

J'entends vaguement le papa et ma SF discuter.
Je suis rassurée de voir qu'ils ne s'ennuient pas.
Je peux rester là.
Je suis si bien.

La contraction fait des allers-retours de + en + rapide.
Je m'assoie sur un tabouret entre chacune de ses venues.
Puis me mets à 4 pattes lorsque je la sens revenir.
Je bouge doucement de droite à gauche ou d'avant en arrière en suivant mon instinct.
L'eau coule sur mon dos jusqu'à venir enlacer mon ventre de chaleur.
C'est si bon que je suis presque impatiente que la contraction revienne.

Après quelques temps à gérer ainsi, la contraction s'intensifie.
Elle me demande désormais de me redresser.
Tantôt à genoux, tantôt assise sur le tabouret.
Toujours avec le jet d'eau que je mets maintenant beaucoup plus chaud et beaucoup plus fort.
Il faut que je l'accompagne en inspirant et expirant beaucoup plus, sans cesser de faire des mouvements.

Après un petit moment, je ressens le besoin de me redresser complètement.
Impossible de me pencher en avant.
Il me faut etre debout et faire des mouvements de haut en bas.
Je fléchis les jambes, je me redresse...
Allant même jusqu'à me mettre sur la pointe des pieds.

Est-ce la descente de mon enfant qui s'amorce?
Est-ce la fin de l'aventure?

Je décide de sortir de la salle de bain.
Mais, la contraction se manifeste une dernière fois.
Avec l'aide du lavabo, je m'accroupie puis me relève.
C'est alors qu'une sensation étrange m'envahie...
La contraction vient de me faire pousser, instinctivement.

J'ouvre vite la porte de la salle de bain.
La sf et le papa arrivent rapidement.
Le lit est devant moi, je n'ai que 2 pas à faire.

La sf me questionne.
"Est-ce que ça pousse?" "Où veux-tu t'installer?"
Je ne bouge plus.
Je suis perdue.
En sortant de la salle de bain, je suis de nouveau sortie de cet ailleurs où j’étais si bien.
Je voudrais y retourner mais c'est impossible.
J'ai peur.
La dernière venue de la contraction a été si bouleversante.
Que va-t-il se passer maintenant?

J'aimerai retrouver le calme.
Je réponds "je ne sais pas" à toutes ses paroles.
J'aimerai reprendre mon chemin mais il est trop tard.

Je monte sur le lit, à genoux.
Je reste droite, les mains sur les cuisses.
Je suis totalement perdue.
Je ne sais plus si il faut pousser ou continuer à accompagner la contraction comme je le faisais si bien jusqu'à là.

Je ne sais plus quoi faire alors je pousse, je respire, je souffle...
Et je pleure aussi.

D. me dit que le bb est là, qu'il arrive, que ce n'est plus qu'une question de minutes...
Mais je ne le sens pas.
Ca me perturbe.

Je n'ai pas besoin de savoir le temps qu'il reste.
Je veux juste qu'on me dise si je dois pousser ou respirer ou qu'on me laisse tranquille.
La fameuse phase de desesperance?


C'est alors qu'une sensation hors du commun m'envahit.
Alors que je me questionne interieurement, mon corps lui se met à pousser...
Mon bb descend, il arrive.
Je n'ai plus mal, je n'ai plus peur.
Je retrouve mon chemin.
Celui qui me mène à mon enfant.

Mon corps pousse 1 fois, 2 fois, puis la tête de mon enfant se pose sur mon périnée.
La fin de son voyage est proche.
Je pose ma main sur ce fin tissu de peau qui nous sépare encore.
La nature est si bien faite qu'elle me laisse le temps de réaliser ce qui est en train de se produire.
Je suis en train de donner la vie. 


A la poussée suivante, sa tête sort.
Elle est molle et me semble énorme.
Je demande si c'est bien sa tête.
D. me dit que oui.

Une dernière poussée et mon enfant né.
Il est 5h32

Le jour se lève.
Et une pluie fine vient fêter son arrivée.

Le grand voyage de mon enfant vient de s'achever.
Un autre l'attend...

A cet instant, plus rien n'existe autour de nous.
Il n'y a plus que lui et moi.
Je le touche.
Je lui parle.

Avec douceur, je lui enlève le cordon qu'il a autour du cou.
Puis je regarde son sexe.
C'est une fille.

Comme une jolie fleur, elle est née au début du printemps.
Il nous faudra trois jours pour lui trouver un prénom.
Meylin.






Merci D. ,
Merci Meylin,
Merci la vie <3

2 commentaires:

  1. bonjour,
    très beau récit d'accouchement, félicitations pour votre fille!
    ça m'a beaucoup rappelé le mien sauf qu'il n'y avait pas de SF, le plus beau moment de ma vie!
    merci pour votre partage

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  2. Félicitations ! très beau récit de ce magnifique voyage, maman de 5 enfants, dont des jumeaux (1ers) j'aurais aimé accoucher à la maison. Une de mes filles suit actuellement des études de sage-femme... j'espère que cette pratique, si respectueuse de la maman et de son BB fera son chemin, ici en Belgique ! Bienvenue à Meylin ! ;)

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